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Over the weekend of January 7 and 8, national radio station La Primerísima broadcast a series of three reports on the various ways in which the Foundation for the Autonomy and Development of the Atlantic Coast is helping coastal families in the South Atlantic Autonomous Region attain a better quality of life and improve their prospects for more sustainable and environmentally harmonious livelihoods.
continue reading and listen to the reports in spanish here.
(Cours pour adultes - paysans producteurs - à Pearl Lagoon, au Nord de Bluefields, Côte Atlantique du Nicaragua)

(Centre agroforestier de Wawashang, Nord de Bluefields)

(Pascal Blumier, coopérant d’Eirene-Suisse en déplacement entre Bluefields et Pearl Lagoon)
“Sur les 62 sièges obtenus en novembre dernier par la première force politique du Nicaragua – le Front sandiniste de libération nationale (FSLN) –, plus de la moitié reviennent à des femmes. A partir du 10 janvier, 34 députées sandinistes, soit 53% du total des fauteuils gagnés par le FSLN, siègeront à l’Assemblée nationale : une révolution pour un pays où le machisme est une véritable calamité.”
Ceci est le début d’un de mes articles paru dans le Courrier le 10 janvier 2012, lequel a ensuite été repris par différents sites et blogs en français et en espagnol:
- http://www.larevolucionvive.org.ve/spip.php?article1889 (version fra.)
- http://www.larevolucionvive.org.ve/spip.php?article1888&lang=es (version esp.)
- http://bellaciao.org/fr/spip.php?article124579 (fra)
- http://www.tortillaconsal.com/tortilla/node/10639 (esp)
- http://www.rlp.com.ni/noticias/general/113732/mujeres-al-poder (esp)
- http://deliloufocaliloustic.over-blog.com/article-les-femmes-au-pouvoir-au-nicaragua-96799942.html (fra)
- http://www.tercerainformacion.es/spip.php?article33203 (esp)
- http://www.laluchasigue.org/index.php?option=com_content&view=article&id=1684:cedric-reichenbach-tercera-informacion&catid=82:articulos&Itemid=199 (esp)
- http://www.hondurastierralibre.com/2012/01/mujeres-al-poder-en-nicaragua-1.html
- http://feminisme.ch/print.php?sid=2278 (fra)
- http://www.cuba-si.ch/index.php?lang=fr&site=1&ID=857 (fra)
- http://sud-emploi-midipyrenees.over-blog.com/article-nicaragua-96800767.html (fra)

(Photo: Dimanche matin 30 octobre à Managua, une semaine avant les élections nationales, des milliers de citoyens formés pour travailler dans les centres de votation prêtaient serment face à un représentant du Conseil Suprême Électoral)
Un angle différent pour comprendre la situation politique post électorale au Nicaragua
Alors que le FSLN et son dirigeant, Daniel Ortega, viennent de remporter très largement les élections nationales du 6 novembre, le Conseil Suprême Electoral (CSE) – principal organe responsable du processus électoral – affronte une pluie de critiques lancées par l’opposition. Selon elle, le CSE aurait été téléguidé par Daniel Ortega et le FSLN (parti au pouvoir depuis 2007), entraînant une « fraude massive », voir une « farce électorale », garantissant aux sandinistes le pouvoir pour cinq nouvelles années.
Qu’en est-il réellement? Pour le savoir, il est nécessaire de replacer les élections de novembre dans un contexte plus large. S’il est vrai que de nombreuses irrégularités semblent avoir été commises le jour des élections, il est fondamental, cependant, de se rappeler que les résultats en faveur du Front Sandiniste ne tombent pas du ciel, mais sont le résultat du travail réalisé par le gouvernement en place depuis cinq ans.
Aujourd’hui, l’opposition refuse de reconnaître les résultats et poursuit une campagne de décrédibilisation des institutions de l’Etat (commencée bien avant la tenue des élections), ignorant totalement l’existence, au sein de l’électorat indépendant – c-à-d ni sandiniste, ni libéral –, d’une tendance pro sandiniste marquée depuis 2009, laquelle s’est fortement renforcée durant les mois précédant les élections.
L’article ci-dessous, que nous avons décidé de traduire, a été publié deux jours après les élections nationales dans «EL NUEVO DIARIO », l’un des deux journaux les plus lus au Nicaragua, lesquels soutiennent le camp de l’opposition. Il s’agit d’un entretien avec le directeur d’une firme de sondages (M&R) dont la fiabilité et le sérieux ne sont en général pas remis en question, preuve en est que LA PRENSA – le journal d’opposition par excellence – passe fréquemment commande auprès de cette agence. Notons que le dernier sondage effectué avant les élections, qui attribuait presque 60% d’intention de vote à Daniel Ortega et largement repris et analysé par les médias nationaux et internationaux, n’a été ni critiqué, ni même mentionné par LA PRENSA, qui l’avait pourtant commandé et payé !
Etant donné qu’il est surprenant qu’un média d’opposition publie un texte tendant à expliquer la victoire sandiniste plutôt qu’à la décrédibiliser, sa lecture et sa diffusion nous semblent d’autant plus nécessaires au moment où les informations reflétées dans les médias occidentaux les plus influents ne donnent qu’une version peu nuancée des événement politiques au Nicaragua.
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(Photo: file d’attente dans un centre de votation de Managua)
Paru dans EL NUEVO DIARIO le 8 novembre 2011 (ajouts au texte signalés par l’abréviation « ndlr »):
L’opposition n’est pas parvenue à favoriser le vote autonome, indique le représentant de M&R
« LES INDÉPENDANTS SE SONT INCLINES POUR ORTEGA »
Raúl Obregón, Directeur Exécutif de la firme de sondage M&R, considère que la division de l’opposition, la disparation des « fantômes des années 80 » et le « travail de fourmi » du Front Sandiniste, ont rendu possible le triomphe du chef d’Etat nicaraguayen.
Par Ary Pantoja
Les résultats des élections qui ont entraîné le triomphe du Président Daniel Ortega avec plus de 62% des votes valides, ne représentent pas une surprise pour le directeur exécutif de la firme de sondage nationale M&R Consultores, Raúl Obregón, qui depuis 2009 a signalé à l’opposition la manière dont le Front Sandiniste de Libération Nationale, le FSLN, et en particulier Ortega lui-même, grimpaient dans les intentions de vote.
Obregón signale que les dirigeants de l’opposition ne l’ont jamais pris au sérieux, et qu’ils ont plutôt disqualifié les résultats des enquêtes, alléguant qu’ils ne représentaient pas fidèlement l’intention des électeurs, surtout le « vote indépendant ».
Et c’est précisément ce « vote indépendant » qui a été la cible d’Ortega et du FSLN, selon l’explication d’Obregón.
« Le changement ne s’est pas fait du jour au lendemain ; il a commencé à se manifester il y a une année et demi. En 2007, Ortega est monté dans les sondages grâce l’émotion liée aux espoirs de changements, et il a atteint 52% d’approbation, mais en huit mois il est retombé à son niveau historique, qui se trouve au delà des 30% d’approbation », explique-t-il.
Cependant, Obregón signale qu’au mois de septembre 2009 « un processus de changement s’est entamé par rapport à l’attitude de la population, et par conséquent un processus lent d’augmentation d’intentions de vote en faveur d’Ortega s’est initié.
Obregón attribue également le triomphe d’Ortega au fait que les fonctionnaires du gouvernement et les membres du FSLN se trouvent toujours sur le front au moment où des situations d’urgence se présentent, comme ce fut précisément le cas avec les pluies qui se sont abattues sur le pays en septembre 2009.
« Le Front Sandiniste et son leader Daniel Ortega, lors de désastres naturels, se renforcent et mettent leurs bottes de toile cirée, leurs imperméables jaunes et vont dans les rues là où se trouvent les gens, et cela les aide », indique-t-il.
Selon Obregón, durant les deux premières années de son mandat, Daniel Ortega s’est consacré à « renforcer ses bases et à consolider ses 38% (ndlr : en 2006, Ortega a été élu avec ce pourcentage), et « ensuite il semblerait que le FSLN ait commencé à travailler avec les sandinistes qui s’étaient mis à l’écart ».
Le représentant de la firme rappelle que lors de l’élection de 2006, le Mouvement de Rénovation Sandiniste (MRS) avait atteint entre 6% et 7% des votes, lesquels provenaient des sandinistes qui s’étaient distanciés du FSLN. « Mais après, en 2008, le MRS se retrouve dans les enquêtes avec 1% (de sympathie), parce qu’il semble que le FSLN les a récupérés petit à petit ».
« A partir de septembre 2009, il (le Front Sandiniste) a commencé à travailler avec les indépendants, et on a commencé à entendre des messages du leadership du Front Sandiniste, principalement de Madame (Rosario) Murillo, disant à ses partisans à travers les plus grands médias de communication, qu’il faut traiter la population avec soin», explique-t-il.
Obregón explique que, dans son message, Murillo laisse entendre que les activistes du FSLN doivent se comporter comme des bergers et « aller de maison en maison ».
« Il faut savoir que le Front Sandiniste et ses militants, par nature, ont été exclusifs ; c’est-à-dire que si tu ne pensais pas comme eux, ils te disqualifiaient ; il semble que cela ait changé, et qu’à partir de 2009, ils aient commencé à être inclusifs et à considérer les gens en tant que tels, indépendamment de leur conceptions politiques et idéologiques, et qu’ils aient de cette manière augmenté dans les sondages », souligne-t-il.
Ortega commence son ascension
Dans ces circonstances, ajoute Obregón, Ortega arrive, fin 2009, à 40% d’approbation. En septembre 2010, il atteint 46%, « suivant un processus lent ».
« Cette hausse des intentions de vote a commencé à se construire il y a des années. Ce qu’il se passe c’est que l’opposition ne voulait pas l’admettre. Quand, en septembre 2009, nous avons fait un premier examen d’intentions de vote qui nous a donné 47% d’approbation (en faveur d’Ortega), personne n’a voulu l’accepter, et on nous dit « impossible, il a toujours eu 38% », explique Obregón.
Pour Obregón, les résultats électoraux du 6 novembre s’expliquent par le fait que l’opposition « s’est endormie sur ses lauriers ».
« On le voyait venir, et en tant que firme de sondage, lors de nos présentations au public, nous mettions petit à petit en garde : « Attention au vote indépendant », car dans ce pays, celui qui gagne les élections c’est l’indépendant, ce ne sont pas les libéraux ni les sandinistes, signale-t-il.
Obregón critique par exemple le fait que les libéraux du PLC « se sont toujours vantés du fait que ceux qui gagnent les élections au Nicaragua sont les libéraux ; c’est totalement faux, ce sont les indépendants », répète-t-il.
Et précisément, Obregón met les libéraux face à leur responsabilité concernant la débâcle électorale qu’ils ont subie, tant du côté du Parti Libéral Constitutionnaliste que du côté du Parti Libéral Indépendant (PLI), pour ne pas s’être occupé, selon lui, de l’électeur indépendant, et pour ne pas avoir écouté les mises en garde de la firme au travers des sondages d’intentions de vote constamment annoncés et des divulgations publiques et privées.
Les programmes ont fait la différence
Pour Obregón, on ne peut pas non plus ignorer l’impact provoqué par les programmes gouvernementaux comme le « Plan Techo » (ndlr, depuis 2010, 250’000 familles pauvres ont reçu des matériaux pour améliorer leur logement : 2,5 millions lamines de zinc servant à couvrir les toits ont été distribuées par l’Etat), ou « Faim Zéro » et « Usure Zéro », sur les électeurs, surtout sur l’électeur indépendant.
« Dans nos sondages, quand nous avons demandé aux personnes interrogées ce qui les séduisait le plus, surtout dans le secteur indépendant, les gens nous ont parlé du « Plan Techo » (ndlr : Plan toit); quatre Nicaraguayens sur dix considèrent que ce programme est ce qu’ils ont le plus apprécié; en deuxième position apparaît le programme « Usure Zéro » ; en troisième le programme « Bon Productif Alimentaire », et à la fin, les « Maisons pour le Peuple », exprime-t-il.
L’effet de ces programmes sur l’électorat indépendant est de type « aspirationnel », soit qu’ils lui permettent d’aspirer à ce dont il ne dispose pas, comme une maison, un titre de propriété, etc. et que seul ce gouvernement semble pouvoir le lui garantir.
Pour l’expert en sondages, l’électorat indépendant a également cessé d’avoir peur des « fantômes des années 80 », comme ce fut le cas en 2006 où l’on affirmait que si Ortega venait à gagner, le pays retomberait en guerre, entraînant le retour des rationnements, de la pénurie et du service militaire obligatoire. « Tout ça a disparu », conclue-t-il.

(Photo: une travailleuse d’un centre de votation aide un électeurs à trouver son nom sur les listes du registre électoral)

Ce matin, Luis Yáñez Barnuevo, le chef de la mission d’observation de l’Union Européenne, a donné une première conférence de presse “post-élections”.
Ce rapport préliminaire (la mission de l’UE travaillera jusqu’à janvier au Nicaragua) a été suivi avec une grande intention par l’ensemble des médias nationaux, lesquels ont ensuite mis en évidence différentes déclarations du chef de la délégation de l’Union Européenne.

Une des questions les plus importantes posées par les différents journalistes tendait à savoir si la série de critiques (énumérées par le chef de la mission et par la déléguée du Parlement Européen) envers le Conseil Suprême Électoral, invalidait l’ensemble du processus électoral. Question à laquelle Luis Yáñez Barnuevo répondit de la façon suivante:
“L’ensemble des irrégularités montre la photographie d’un système avec beaucoup d’imperfections, avec beaucoup d’erreurs, avec beaucoup d’obstacles, mais j’aimerais être clair:
Si la question est de savoir si Monsieur Ortega et le Front sandiniste ont gagné les élections ou s’ils les ont perdues, ce qui au fond définit le mot “fraude” - pour les politiciens ” la fraude” c’est donner gagnant quelqu’un qui a perdu et donner perdant quelqu’un qui a gagné - dans ce cas, c’est indiscutablement le FSLN et Monsieur Ortega qui ont remporté les élections”.
Suite à la conférence, dont la majorité des critiques ont été dirigées vers le Conseil Suprême Électoral, le sentiment transmis par la mission d’observation pourrait se résumer ainsi: il y a eu un manque de transparence général mais pas de fraude.
Le reste de la semaine sera tendu puisque le PLI (30% des votes, deuxième derrière le FSLN) et d’autres forces de l’opposition ont refusé, pour le moment, de reconnaître le résultats des élections. Le rapport final de la mission d’observation de l’Union Européenne sera rendu au mois de janvier.


Photo: Roberto Rivas, président du Conseil Suprême Electoral
Selon le dernier rapport du Conseil Suprême Électoral, diffusé aujourd’hui en direct à 14h par l’ensemble des médias nationaux, le résultat après décompte des votes de 85,8% des centres de votations du pays, est le suivant:
- Daniel Ortega (FSLN): 62.65 %
- Arnoldo Alemán (PLC): 6.02%
- Enrique Quiñónez (ALN): 0.26%
- Miguel Angel García (APRE): 0,11%

Lors de cette conférence de presse, le président du Conseil Suprême Électoral, Roberto Rivas, a souligné le très haut taux de participation, 85,8%, et a également critiqué l’attitude du journal d’opposition LA PRENSA, lequel n’a cessé de “décrédibiliser le processus électoral en s’attaquant continuellement aux institutions”.

Photo: Estadio Nacional de Managua, juste avant de recevoir les premières valises électorales avec les résultats des différents municipes.

Photo: remise des bulletins de votes au “centro de computo”, Managua/Estadio Nacionale/Dimanche soir

Selon le décompte préliminaire annoncé par le président du Conseil Électoral Roberto Rivas à 2h du matin (heure de Managua), Daniel Ortega, président actuel du Nicaragua, est reconduit dans ses fonctions avec 64% des votes. Le principal parti d’opposition, le PLI, et son candidat Fabio Gadea, recoivent 30% des votes. Arnoldo Alemán (PLC) n’obtient que 6% des voix.
Ce résultat prend en compte 3000 des presque 14’000 centres de votations. Le résultat final sera connu aujourd’hui lundi, à midi.
Les sympathisants du Front sandiniste n’ont pas attendu les premiers résultats pour se réunir dans les rues de la capitale. Ils étaient présents dans les principales zones de la ville, comme ici à Plaza de las Victorias, d’où ils ont appris les résultats. La nuit sera longue à Managua…


A Managua, les citoyens se sont massés dans les 3000 centres de votations de la ville. A 6 heures du matin déjà, de longues files d’attente s’étaient formées dans les rues de la capitale.
Au Nicaragua, plus de la moitié des votants ont l’habitude d’exercer leur droit avant l’heure de midi, le jour des élections. Les bureaux ont ouvert aujourd’hui (dimanche) à 7h du matin et les premiers résultats seront disponibles entre 21h et 22h ce soir, bien que l’issue finale du scrutin sera rendue publique seulement lundi matin.
Plusieurs informations sont relayées en ce moment par les chaînes de télévision et les radios. D’une part, l’impression générale est que les élections se passent très calmement par rapport à celles de 2006 et des périodes antérieures. D’autre part, il semblerait que les votations se déroulent beaucoup plus rapidement que d’habitude, ce qui serait dû à l’entrée en vigueur du nouveau bulletin de vote. Ce dernier permet, en effet, de réaliser les quatre choix du jour - Président, Vice-président, députés nationaux (20), députés départementaux (70) et députés au Parlement Centroaméricain (20) - sur un seul document, et non quatre.
Finalement, les médias relayent également les anomalies qui sont dénoncées tout en donnant la parole aux observateurs et représentants du Conseil Suprême Électoral pour tenter de vérifier les différentes accusations.
Environ 3 des 5 millions de citoyens que compte le pays se rendent dans les différents centres de votations tout au long de la journée, afin d’élire leur président et leurs députés pour les cinq années à venir.

Le Conseil Suprême Électoral du Nicaragua a transmis différents communiqués de presse durant la soirée précédent le jour des votations (6 novembre).
Celui-ci a déploré les événements de Sebaco (Matagalpa) où 342 cartes d’identité, 220 documents de substitution, ainsi que le véhicule du président du Conseil Municipal de cette région, ont été brûlés.
Il a également dénoncé que l’Alliance PLI - deuxième force politique du pays après le FSLN selon les sondages - n’a cessé de promouvoir ce type de violences.
Le Conseil Suprême Électoral a aussi accusé réception d’une plainte formulée par le FSLN à l’encontre de la formation PLI, dont les militants seraient à l’origine de manifestations de violence dans 21 départements.

Les cartes d’identité se trouvent depuis de nombreux mois au centre des débats entourant le processus électoral au Nicaragua (élections nationales du 6 novembre). Pour comprendre la situation, tâchons de revenir sur certains points et replacer le problème dans son contexte.
Les nicaraguayens ne peuvent recevoir leur carte d’identité qu’à partir de l’âge de seize ans. Avant cela, les parents du nouveau-né reçoivent, en général, un certificat de naissance qui leur permet aux parents de réaliser différentes démarches administratives. Le passeport, qui s’obtient grâce au certificat de naissance, ne sert en fait pas à grand chose si ce n’est lors de voyages à l’étranger (pour le reste c’est le certificat de naissance qui prévaut).
Au Nicaragua, le droit de vote est octroyé à partir de l’âge de seize ans et la “cédula” (la carte d’identité), est le seul document qui autorise l’entrée dans les centres de votation.
Les problèmes liés à la carte d’identité ont malheureusement toujours existé dans ce pays d’Amérique centrale. Dans les années 80, il y eu bien une tentative de régulation, mais les conditions ne permirent pas de mener à terme le projet de réforme.
Aujourd’hui, différents facteurs expliquent la difficulté qu’ont les Nicaraguayens à obtenir une carte d’identité ou de la faire remplacer après une perte ou un vol: lenteur administrative, manque de temps à dispositions des travailleurs et paysans pour faire la file au guichet (ne pouvant pas se permettre de délaisser leur travail), ignorance, désinformation, etc. Il est d’ailleurs intéressant de noter que les difficultés connues par les immigrés économiques travaillant clandestinement au Costa Rica – le riche pays voisin – proviennent en partie de l’ignorance des Nicaraguayens sur cette question. Une bonne partie d’entre eux, provenant des régions rurales et souvent très pauvres, n’ont tout simplement jamais cherché à obtenir une carte d’identité.
Le gouvernement précédent (2001-2006) a été dans l’incapacité de refaire les cartes d’identités arrivant à échéance, faute d’argent et de matériel (Les affaires de corruptions et autres détournements d’argent plus ou moins répandus à cette époque y sont certainement pour quelque chose). L’administration, alors sous les ordres du président libéral Enrique Bolaños, se vit obligée de prolonger de quatre ans la date d’échéance des cartes d’identité périmées. La lourde tâche de renouvèlement a donc été reportée sur le gouvernement actuel, lequel a dû mettre en place un nouveau système.
Lorsque le front sandiniste de libération nationale reprend les commandes en 2007, le pays est à la dérive – accords avec le FMI rompus, rationnement électrique de 11 heures par jour, chômage et pauvreté atteignent des chiffres record. Ce n’est qu’à partir de juin 2010 que les autorités commencent à proposer de nouvelles cartes d’identité. Dès le départ, la demande est massive. Le fait que les autorités se soient enfin trouvées en conditions de produire un nouveau modèle moderne et pratique explique certainement cet engouement, tout comme la gratuité de l’opération pour qui se procurait le document dans les premiers mois.
Au jour d’aujourd’hui, le Conseil Suprême Électoral a produit 500’000 de ces nouveaux documents d’identité. Un demi-million en 18 mois, soit près de 28’000 par mois ou 1’000 par jour.
Les cartes d’identité étant obligatoires pour voter, l’avancée décrite ci-dessus devrait participer au renforcement du processus électoral du Nicaragua. Pourtant, les partis politiques d’opposition et différents médias ne se réfèrent depuis longtemps au thème des documents d’identité qu’en termes négatifs, décrédibilisant le Conseil Suprême Electoral, l’Etat, et la démocratie nicaraguayenne dans son ensemble. Depuis des mois, une rumeur court selon laquelle certaines personnes qui ne sympathiseraient pas avec le front se verraient entravées dans leurs démarches pour obtenir des cartes d’identité.
Il existe différentes sources susceptibles de nous éclairer sur la portée réelle de cette grave accusation. Le Conseil Suprême électoral affirme que des centaines de nouvelles cartes d’identités commandées par les citoyens attendent d’être retirées dans les succursales municipales du pays. Les partis politiques ennemis du FSLN, certains organismes d’observation électorale privés et de nombreux médias répètent qu’il s’agit d’une stratégie mise en place volontairement par le gouvernement sandiniste pour mettre des bâtons dans les roues de l’opposition. D’autres observateurs relèvent le fait que les dysfonctionnements au niveau des institutions responsables des questions d’identités ont toujours existé, qu’elles n’ont en principe rien de politique et que la faute revient également aux citoyens nicaraguayens qui ne commandent pas leur carte ou qui ne la retirent qu’à la veille des votations.
Il faut également prendre en compte que, selon certains, l’information provenant du Conseil Suprême Electoral serait biaisée, puisque ce dernier serait tombé sous l’influence du FLSN. Pour d’autres, tout renseignement en provenance d’organismes privés d’observation électorale ne serait pas non plus crédible. Ces derniers (Etica y Transparencia ou Hagamos Democracia par exemple) seraient financés par des fonds en provenance des Etats-Unis et en particulier de la « National Endowment for Democracy » (NED), un organisme qui aurait repris une partie du travail de la CIA effectué à l’étranger : financement et soutien à des groupes civils visant, sous couvert de la promotion de la démocratie, à déstabiliser un gouvernement étranger opposé aux intérêts nord-américains à travers des grèves, manifestations et autres.

Photo: le magistrat José Marenco donnant une conférence de presse au siège du Conseil Suprême Électoral sur le problème des cartes d’identité
La question demeure donc la suivante : est-ce que les documents en attente dans les bureaux des 153 municipalités du pays ne sont pas retirés parce que les personnes en question ne vont pas les chercher (version du Conseil Suprême Electoral) ou parce que les fonctionnaires en possession de ces documents ne les transmettent pas aux intéressés parce qu’ils les soupçonnent de ne pas voter pour le FSLN (argument des partis d’opposition et des organismes précités) ?
Différentes pistes pour y répondre peuvent être proposées : croire la version des organismes nationaux d’observation électorale, croire celle du Conseil Suprême Electoral, penser que les deux versions se complètent, accuser la lenteur administrative couplée au fait que de nombreuses personnes attendent la veille de élections pour retirer leur carte ou, finalement, estimer que tous ces éléments réunis compliquent l’obtention d’une carte d’identité.
Cependant, il faut pourtant garder à l’esprit que les organismes les plus alarmants (comme Etica y Transparencia), estiment à 50’000, le nombre de personnes qui réclameraient en ce moment leur document sans être entendues, soit 2% du nombre de votants. Au vu de ce pourcentage, on est en droit de se demander si l’attention médiatique quotidienne portée à ce problème ne serait pas démesurée. D’autre part, si l’on accepte l’idée de la manipulation du FSLN, il serait de bon ton de démontrer le mécanisme de détermination établi par les fonctionnaires concernant le choix électoral des demandeurs…

Photo: Roberto Courtney, directeur d’Etica y Transparencia
Finalement, mise à part cette inconnue touchant au maximum 2% de la population, une chose reste certaine : durant ces derniers mois, certains citoyens ne disposaient pas encore de leur carte d’identité. Beaucoup n’ont simplement pas réalisé les démarches administratives nécessaires, par manque d’intérêt, manque de temps ou manque d’argent. Le parti sandiniste, très organisé dans ses zones d’influence, n’a rien laissé au hasard. Les quartiers ont été ratissés pour s’assurer que chaque sympathisant dispose d’un document en bonne et due forme. Quand ce n’était pas le cas, les coordonnées étaient notées, les coûts pris en charge, et la carte livrée dans les plus brefs délais. Dans la foulée, le citoyen indécis était immédiatement approché, quelquefois convaincu de voter pour le FSLN en promettant de fournir une carte d’identité rapidement et gratuitement (un procédé, il est vrai, pas forcément très « éthique »).
De leur côté, les libéraux totalement divisés et désorganisés continuaient de dénoncer une gestion partisane des cartes d’identités, touchant, selon diverses estimations, 50’000 personnes sur les trois millions et demi attendues dans les centres de votation le 6 novembre…
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